EDITORIAL (É-W, n° 3/2008)

Pour une esthétique de la politique

Déjà bien engagés dans une année sociopolitique, qui sera aussi électorale et même jubilaire pour Église-Wallonie, proposons en ouverture de ce bulletin des éclats de lecture qui permettent de redémarrer d’un pas plus ferme que celui qui nous a menés à l’orée des dernières vacances :

« …..une des premières conditions d’un bon gouvernement est d’avoir des gouvernants dont l’esprit soit dispos, l’âme sereine, le cœur en paix. Comment voulez-vous que le monde aille avec tous ces frénétiques hypertendus ? » (Jacques Leclercq, Éloge de la paresse, discours de réception à la Libre Académie de Belgique, 17 novembre 1936).

Il en est du stress comme du cholestérol, il en est du bon et du mauvais. L’année qui vient de se passer a été riche en politique kinétique. Celle qui s’annonce avec en ligne de mire les élections régionales et européennes, voire fédérales, risque de l’être encore plus. Alors, si on souhaitait moins de gesticulations et d’échanges byzantins, pour un débat passionné sur la construction d’un projet wallon, construit avec les Wallonnes et les Wallons !

« Si nous voulons réellement une économie transparente, nous sommes condamnés à devenir des inventeurs de simplicité », a dit Pierre Massé, commissaire au Plan en France cité par Jacques Delors, lequel a ajouté : « formule …..dont, devenu ministre, je ferai un des critères de mon action : pour faire progresser la compréhension et la démocratie, il faut tenir des propos et des raisonnements accessibles à tous. » (Jacques Delors, Mémoires, Plon, 2004, p.66).

Simplicité et non simplisme, ajoutons-nous. Dire clairement la question, les probables solutions et même les « Je ne sais pas » sont les conditions de l’adhésion. Ainsi les multiples plans qu’ils s’appellent Marshall ou autres sont autant affaire d’écoute, de compréhension, de vision cohérente… que d’injonction, d’évaluation brandie en forme de bulletin de victoire (sur qui et pour convaincre qui ?). Ajoutons que pour beaucoup d’autorités ecclésiales, le chemin est long pour s’exprimer en un langage clair, riche en question et en confiance, transparent et accessible.

Au long de la crise, le discours politique a redécouvert le « pouvoir d’achat des gens », comme si cette question n’était pas au cœur de notre système socio-économique depuis 1945 à travers le débat constant sur la croissance, les mutations de l’appareil économique et la concertation sociale ! Est apparue aussi une sorte d’opposition entre les problèmes des gens, la réalité, et les propos institutionnels, sorte de bulle produite par la classe politique. Cheminement dangereux que d’opposer le pays réel au pays politique !

Pour conclure, une citation aussi valable pour le/la mandataire politique que pour le/la citoyen/ne, pour le dit et pour l’écrit : « Par souci de rectitude éthique, cette esthétique intérieure de l’homme qui tient la plume. » (Philippe Le Guillou, Le déjeuner des bords de Loire, Mercure de France, 2002, p. 62).

Pour le Comité d’Église-Wallonie,
Luc Maréchal, président


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